Le journalisme comme « performance de la culture »

Publié le par Gerard Noiriel

J’ai évoqué la semaine dernière « l’affaire Zemmour » sans faire suffisamment le lien avec  le thème central de ce blog : la question de la « performance ». Je vais combler cette lacune aujourd’hui en développant l’hypothèse que les journalistes comme Eric Zemmour utilisent une forme de communication dont l’efficacité repose sur ce que les anthropologues appellent la « performance de la culture ».

Dans son livre Anthropologie de la communication[1], Yves Winkin rappelle la polysémie du mot « performance ». En français comme en anglais, le terme peut désigner un exploit, une représentation artistique, l’actualisation de capacités linguistiques dans la production d’énoncés, voire l’accomplissement d’un acte par son énonciation même (l’« énoncé performatif » analysé par le linguiste John L. Austin). Winkin ajoute qu’aux Etats-Unis la polysémie du mot « performance » a été mise à profit par les sciences sociales pour ouvrir des chantiers de recherches très divers, que ce soit en linguistique, en anthropologie, en sociologie, en études théâtrales, etc. Mais en France, la problématique de la « performance » n’a eu aucun impact. Ce « flop » s’explique avant tout par des raisons institutionnelles (cf. le fossé, voire même l’antagonisme, qui sépare les départements de sciences sociales et les départements « études théâtrales et arts du spectacle »). Mais Yves Winkin évoque aussi les enjeux de traduction. Les lecteurs francophones ont découvert Erving Goffman, le sociologue de la « performance » par excellence, grâce à la collection de Pierre Bourdieu : « le sens commun ». Alain Accardo, le traducteur du premier livre d’Erving Goffman, a choisi le mot « représentation » pour rendre « performance », ce qui a contribué à occulter la dimension pragmatique du terme. Ce choix de traduction illustre l’orientation quelque peu idéaliste de la première sociologie de Bourdieu (fasciné à l’époque par la « magie des mots », par la vision du « monde comme représentation », etc) ; idéalisme qu’il a d’ailleurs lui-même reconnu à la fin de sa vie, quand il est devenu un intellectuel engagé.

Aux Etats-Unis, des chercheurs comme Erving Goffman mais aussi comme Gregory Bateson, Jürgen Ruesch ou Ray Birdwhistell ont mobilisé la problématique de la « performance » pour analyser les rapports entre la production des discours ou des images et leur réception (y compris émotionnelle) au sein des publics auxquels ils étaient destinés. Le concept de « communication orchestrale » a permis de souligner l’importance du cadrage , du contexte, de l’environnement institutionnel, etc.

Je reviendrai ultérieurement sur ces questions compliquées. Aujourd’hui, je voudrais simplement souligner que l’efficacité du discours journalistique d’un Zemmour ne peut pas se mesurer uniquement en examinant les mots qu’il utilise. Par conséquent, l’efficacité du combat contre les idées qu’il propage ne peut pas se limiter à dénoncer ces mots.

Je suis convaincu que l’un des effets idéologiques les plus puissants de l’industrie médiatique réside aujourd’hui dans la confusion permanente que les journalistes entretiennent entre discours et actions. Leur intérêt est de nous faire croire que la politique est une affaire de mots en occultant ainsi tout le dispositif (la « scène ») auquel participent tous les personnages qui polémiquent sur des mots. Au début des années 1980, Jean-Marie Le Pen a sans doute été le premier en France à comprendre que l’art de « la petite phrase » était devenu une arme essentielle pour le politicien évoluant dans un monde archi-bureaucratisé et archi-médiatisé. Mais pour que cette « petite phrase » produise un effet, il faut évidemment qu’une multitude d’individus la reprennent (même pour la dénoncer), la diffusent, la commentent … Bref, il faut une « communication orchestrale » (ce qui ne veut pas dire qu’elle soit « orchestrée »).

Ray Birdwhistell a écrit qu’ « être membre d’une culture, c’est être prévisible » (cf. l’ouvrage d’Yves Winkin cité plus haut). Tous ceux qui participent à cette « communication orchestrale » ont des comportements qui sont en effet extrêmement prévisibles car ils obéissent aux règles qui dominent le jeu médiatique. Les propos qui ont valu un procès à Eric Zemmour ("Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C'est un fait.") ont été prononcés au cours d’une émission de télévision, Salut les terriens (Canal +, 6 mars 2010), animée par un journaliste, Thierry Ardisson, qui a lui-même acquis sa réputation en jouant les provocateurs (donc en mobilisant lui aussi les ressources de la « communication orchestrale »). Dans un premier temps, Eric Zemmour s’est d’ailleurs défendu en dénonçant la « mise en scène » par Ardisson de la séquence incriminée, ce qui a incité ce dernier à menacer Zemmour d’un procès pour diffamation.

C’est cette construction médiatique du scandale qui a incité ensuite l’ensemble des journalistes à reprendre cet incident comme une « information », pour en faire un « événement » massivement relayé et commenté, y compris dans les réseaux de discussion qui prolifèrent sur internet. Les associations antiracistes, qui participent aujourd’hui de cette culture du scandale, ont porté plainte contre Zemmour ; ce qui était là aussi prévisible. Pour les journalistes, le procès c’est la cerise sur le gâteau médiatique, car cela permet de faire durer une affaire en lui donnant de l’importance.  Je ne dis pas que les associations devraient renoncer à faire des procès aux individus qui tiennent des propos considérés comme « racistes ». Mais je pense qu’elles devraient se demander si, finalement, elles ne se font pas piéger par ceux qui ont besoin de faire du scandale pour pouvoir exister.



[1] Yves Winkin, Anthropologie de la communication. De la théorie au terrain, Seuil, Points, 2001 (1996)

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sohn frederic 14/04/2011 15:55


Espèce de sale hypocrite de bourgeois que vous êtes, l’immigration a toujours été utilisé pour casé les revendications des ouvrier salarier français. Selon vous l’immigration aurait été utilisée
pour faire le travail que les français ne voulaient pas faire, totalement faux, espèce de larbin du système que vous êtes. Tous les politicien, gauche ou droite, depuis toujours, ont utilisé
l’immigration pour casé les revendications des ouvrier français, ces ça la réalité. Si les dirigent français n’été pas à la botte du patronat, il aurait créé les conditions qui permette au ouvrier
français de négocier leur condition de travail et leur salaire, au lieu de cela il ce sont toujours servie de l’immigration pour casé les revendications des ouvrier. Les seul en France qui
éventuellement représente un peut les intérêts des ouvrier français, c’est le front national, ce sont des petit minable comme vous qui font des faux livre qui se permette de traité le front
nationale de raciste. Vous monsieur vous êtes comme L’UMPS, à la botte du système, vous n’êtes qu’un sale petit bourgeois, un sous homme. La seul France que vous connaissait, c’est celle des
apatrides des internationale, celle qui déteste la France, vous croyez connaitre les français, vous n’êtes qu’un bastard illégitime.